T'est allée poser ton chèque à la poste? T'as fait ta dissert' de philo? T'as pensé à faire rentrer kooki? Oui j'ai fait tout ça, mais pourquoi au fond? Pourquoi ça me parait hyper important maintenant alors que ces priorités de l'instant seront très vite remplacée par d'autres? A l'échelle d'une vie qu'est-ce que ça peut bien faire d'avoir pas rendu une dissert' ou d'avoir oublié de faire rentrer le chien? Mais en même temps, qui dit que l'échelle de ma vie est si grande que ça... Qui sais si je suis pas sur l'avant dernier barreau? Peut-être était-ce la dernière occasion que j'avais de marquer mon nom sur une copie avec le numéro de ma classe, et la date en en-tête... Ok, dans ce cas on peut aussi penser que ces petits tracas du quotidien sont futiles si je ma vie s'arrête demain, on peut penser qu'à chaque instant la vie peut s'arrêter et qu'elle mérite, de ce fait, une liberté inconditionnelle dans sa folie. Et si, ce soir, je partirais à l'autre bout du monde, je préférerais mourir sur une plage de sable blanc, bercée par le doux ronronnement de l'océan, là où tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté... En même si j'y vais et que demain ma vie continue.... Je vais faire quoi là bas, ma dissert' de philo?? La vie est un interminable dilemme opposant l'espoir à la résignation. La mort, la plus existentielle des questions, la seule qui laisse perplexe les plus grands de ce monde. C'est bon j'ai 18ans je suis jeune, j'ai la vie devant moi ouaiiiiis! Mais putain qui me dit que c'est un avantage que d'avoir la vie devant moi? C'est une trop grande responsabilité que d'avoir à façonner mon avenir en fonction de ce que j'ai envie qu'il m'apporte... Une grande liberté, certes, mais un poids si lourd en même temps.. Elle est bel et bien finie cette époque où mon plus grand soucis était de savoir si j'allais avoir ou non ma game boy color à noël ? Où la seule pression que je percevais comme insoutenable était celle de ma mère qui tentait désespérément de me faire ranger ma chambre ou apprendre mes tables. "T'as 18 ans, t'es majeure et vaccinée, maintenant tu fais comme tu veux, tu prends tes responsabilités", mon dieu qu'elle est agressive et opiniâtre cette phrase. Je l'ai attendu avec moult impatience cette année, celle de la "libération", maintenant je ne sais plus trop si c'est d'une libération ou d'un retour en arrière dont j'ai envie.
On passe notre vie à essayer d'atteindre des objectifs pas moins obsolètes que le dernier plasma à la mode. Une fois qu'ils sont atteints (ou pas d'ailleurs, car la volonté n'est pas connue comme la principale force d'un gosse de 18ans), ils ne sont plus qu'un acquis parmi tant d'autres sans plus de valeur que le précédent ou que le suivant... La réussite en soi est obsolète, alors quel intérêt trouve-t-on à réussir ?
On peut avancer sans relâche pendant des jours, des mois, des années sur une route qu'on pense être la bonne, une jolie route pavée, bordée de fleurs de toutes sortes, éclairée par un soleil radieux comme s'il y avait des néons partout qui disait "vas-y mon gars fonce, t'es bien parti, tu vas y arriver!" et des gens qui applaudissent tout autour de toi pour qu'au final, en une fraction de seconde, même pas le temps de dire ouf et tu te retrouves dans le noir, un noir clair qui te laisse juste entrevoir le mur gigantesque qui s'est érigé comme par magie juste sous ton nez. Les fleurs ont fanées, tu n'est plus sur cette route paisible mais sur un sentier dangereux sur lequel tu peux trébucher à tout instant et renoncer, faire demi-tour. A force de patience et de persévérance certains parviennent à remplir leurs objectifs malgré ce qu'ils appellent "les obstacles". Moi je préfère "les étapes" car pour ma part ils sont si nombreux que ces immenses murs ne sont plus que de vulgaires trottoirs alors obstacles est un mot bien trop fort en ce qui me concerne.. Peace.